Yorgo Tloupas, designer

Paris, septembre 2019

Yorgo Tloupas est un homme occupé : fondateur du studio de création graphique Yorgo & Co, directeur artistique du magazine Vanity Fair, il enseigne également l’art du logo à l'école Penninghen et s’occupe de la carrière posthume de son père, le célèbre sculpteur Philolaos. Nous nous sommes donné rendez-vous à son studio, où il élabore avec son équipe des projets de campagnes publicitaires et d'identité visuelle pour des marques prestigieuses : Omega, Loro Piana, l’hôtel Crillon, Ricard.
Nous le rencontrons alors qu’il met les dernières touches à son tout dernier projet, Yorgaki, un café à la mode grecque situé rue des Martyrs.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Yorgo Tloupas et je suis designer. Je dis souvent designer car c’est ce que je réponds lorsque j’arrive à l’aéroport aux Etats Unis et qu’on me demande mon métier. Si je réponds « graphiste », premièrement c’est trop restrictif, deuxièmement il y a peu de chances que le douanier sache ce que c’est. Si je réponds « directeur artistique » c’est trop vague : ça pourrait être directeur artistique d’un film, d’une marque de mode… Donc je réponds designer.


Mon métier c’est de « designer » des choses et de faire en sorte que leur aspect soit à la hauteur de leur fonction. C’est assez large : je fais aussi bien des logos – qui sont ma passion et ma spécialité – que des magazines, des livres, le mobilier sur lequel on est assis en ce moment, des bouteilles d’alcool, et même un café grec dont j’ai dessiné toute l’architecture.


Donc voilà, je suis designer depuis une vingtaine d’années. J’ai démarré mon métier à Paris puis je suis parti à Londres pendant 10 ans avant de revenir il y a 9 ans.

Et c’est à votre retour de Londres que vous avez fondé Yorgo&Co ?

Tout à fait. Yorgo&Co, qui est un studio et non pas une agence, est un moyen pour moi de faire mon travail de manière un peu plus large et efficace. J’ai la chance d’être entouré d’une quinzaine de personnes talentueuses, dirigés par mon associée Emmanuelle Beaudet, qui tous font en sorte que mes idées puissent prendre forme de manière efficace et rapide. En fait, c’est exactement la même structure qu’un studio de design produit. C’est un designer avec son équipe autour de lui qui signent leur travail. C’est en ça que Yorgo&Co n’est pas une agence.


 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adopter une structure de studio ?

Plein de raisons ! Tout d’abord on peut faire de la psychanalyse de base, mais mon père qui était artiste signait de son nom, de son prénom en l’occurrence, et avait donc cette autonomie, cette indépendance vis-à-vis de ses commanditaires – il faisait beaucoup d’œuvres d’art public sur commande.


Mais surtout, c’est le fait que j’ai travaillé tout seul pendant une quinzaine d’années et que l’idée du studio c’était d’augmenter la capacité de répondre aux commandes mais en signant toujours les choses de mon nom. Et le studio exprime pour moi l’idée du rapport d’auteur vis-à-vis des clients plutôt que de prestataire-agence. On appelle une agence pour répondre à un appel d’offres et on attend d’elle qu’elle soit plutôt malléable. Tandis que quand on met son nom sur un travail, le rapport est complètement différent. Premièrement, il y a un échange beaucoup plus personnel, et deuxièmement ça permet une forme d’autorité de ma part, d’affirmation de mes convictions. Ce qui est beaucoup plus dur quand on est une agence qui n’est qu’une entité. En revanche, les convictions de designers comme Frank Gehry ou Philippe Starck sont claires. C’est-à-dire que quand une marque vient les voir, elles viennent chercher des convictions et une expertise. Et c’est donc exactement ça que j’essaye de mettre en place.


Ici, on ne travaille pas pour l’argent, on travaille pour le plaisir et l’envie de changer le paysage visuel qui nous entoure. Donc on préfère perdre des clients plutôt que faire quelque chose qui ne nous plaît pas. C’est exactement l’opposé des agences de publicité.

Expliquez-nous votre métier. Que fait un designer ?

Mon métier c’est la forme, la surface des objets bi-dimensionnels et tri-dimensionnels. Mais c’est la forme dans une quête, non pas de perfection, mais de rapprochement de la nature. D’une certaine manière on s’inspire beaucoup des formes naturelles dans ce qu’on fait. Je ne dis pas qu’on fait du biodesign mais notre rôle c’est de faire en sorte que les créations humaines, que ce soit votre dictaphone, un verre, une affiche, s’intègrent dans la nature le mieux possible. Je pense qu’aujourd’hui le sujet est très présent, dans le sens où la pollution n’est plus qu’une pollution de matières comme le plastique, mais également une pollution des formes, des objets, des logos, des bâtiments… J’essaye donc de faire en sorte que les choses soient jolies et qu’elles s’intègrent dans un tout, dans cette planète. Alors c’est vraiment un maigre combat, je ne vais pas « sauver » la planète ! Mais à mon niveau, j’essaye de faire en sorte que les choses soient jolies et harmonieuses.


Designer est un métier vieux comme le monde. Quand vous voyez les vases au musée du Parthénon avec des motifs répétitifs c’est du design pur.

Quel est l’aspect qui vous plaît le plus dans votre métier de designer ?

De très très loin c’est le logo ! Je suis designer de logos et je considère que j’ai une responsabilité de sensibiliser les gens, autant mon équipe que mes élèves – je suis professeur de design de logo à l’école Penninghen – que le grand public, à l’importance du symbole, du logo. Le symbole étant logo, le logo étant symbole. C’est-à-dire que la croix chrétienne, au même titre que le logo d’Aéroports De Paris, que le symbole au fond des verres Duralex, sont régis par les mêmes principes et les mêmes contraintes et obéissent aux mêmes règles fondamentales de lisibilité, de reproductibilité et de transmission de sens. Je considère qu’un bon logo devrait marcher aussi bien qu’une croix chrétienne. A chaque fois que je crée un logo j’essaye de tendre vers quelque chose qui a du sens et qui est efficace.

Où puisez-vous votre inspiration ?

En particulier dans l’histoire de l’art. Les vases grecs, la symbolique héraldique moyenâgeuse, la Renaissance… sont clairement des sources d’inspiration pour moi. Les métiers d’art m’inspirent également. L’artisanat au sens pur, c’est-à-dire les fabricants de chaises, de toitures, de charpentes, de bateaux... partout où il y a des savoir-faire.

Vous avez dessiné le mobilier du studio. C’est parti d’un besoin car vous ne trouviez pas ce que vous vouliez ?

J’ai grandi dans une maison où tout – des murs aux sièges, tables, couverts… absolument tout était fait par mon père. Donc je ne vais pas nier qu’il y a une forme d’inspiration de ce côté-là ! (Rires)


J’avais envie de passer à une forme tri-dimensionnelle et ça m’embêtait d’aller acheter un canapé scandinave de plus avec la patte du design de quelqu’un d’autre. Ces chaises, sur lesquelles nous sommes assis, ne sont pas des chaises de travail, mais des chaises de réunion sur lesquelles on ne tient pas plus de 2 heures ! Mais c’est un prototype et je sais que la prochaine version sera nickel ! J’avais envie de faire ça ! C’est comme quand on me dit « pourquoi un café grec ? », eh bien tout simplement car j’avais envie. J’ai la chance d’avoir une société qui marche à peu près pour pouvoir me lancer dans des aventures comme ça. C’est un luxe aussi.

Racontez-nous pourquoi avoir choisi USM

Le choix d’USM est antérieur à cet espace. Ça date de nos bureaux précédents qui étaient un peu moches (rires), très années 80 dans les matières, les plafonds, et on s’est dit mais comment faire pour les rendre plus accueillants et plus chics ? Et on s’est dit qu’on allait joindre l’utile au beau et que nos rangements seraient donc de l’USM !

Et vous connaissiez USM depuis longtemps ?

C’est difficile à dire tellement USM est intégré dans ma mémoire architecturale. Je vais souvent dans les Alpes, et à l’aéroport de Genève toute la zone location de voitures est en mobilier USM. Je trouve ça génial. Only in Switzerland ! On arrive et tout est en USM ! Mais je ne me suis rendu compte que c’était USM qu’après avoir eu mes propres meubles, donc ça s’était vraiment inscrit dans mon inconscient.


J’ai toujours adoré le rythme du mobilier USM : les lignes droites avec la boule aux intersections. Ça me rappelle les courbes de Bézier sur le logiciel de création graphique Illustrator, mon outil de travail de tous les jours. Attention, je deviens très technique ! (Rires). Les courbes de Bézier sont des lignes avec des points aux courbes d’intersection. Et pour moi cette structure de la ligne, du trait et du point est hyper intéressante.

Et ce grand meuble blanc ?

C’étaient plusieurs meubles avant, qui servaient d’éléments séparateurs entre les différentes parties de notre ancien bureau. On s’en servait donc à la fois comme rangements et séparations avec ce côté recto-verso du meuble, qui fait que les deux côtés sont aussi beaux l’un que l’autre ! C’est une structure complètement autonome, architecturale, qui permet de recomposer l’espace.

Et vos visiteurs en pensent quoi ?

C’est assez drôle, je dis toujours que c’est comme une sorte de signe de reconnaissance. Les gens qui viennent et qui connaissent font un petit clin d’œil. Premièrement, peu de gens viennent et ne connaissent pas. Et très souvent c’est « tu les as trouvés où ? » Ou alors ça peut même devenir un peu prétentieux « j’ai fait tous mes rangements en USM et j’en ai 4 fois plus ! » (Rires)

C’est addictif ?

Littéralement. Je sais que je ne prendrai aucun autre meuble que ça, à part ceux que je dessine moi-même. C’est sûr que si on doit rajouter d’autres meubles ici ce sera de l’USM.


Il y a une forme de confiance dans la robustesse d’USM, on peut littéralement s’appuyer dessus. Une confiance que l’on n’a pas forcément avec les meubles chez soi !

Nous remercions chaleureusement Yorgo Tloupas pour son accueil et nos échanges passionnants. Vous pouvez le suivre sur son compte Instagram @yorgotloupas et déguster un véritable un café grec chez Yorgaki au 45 rue des Martyrs, 75009 Paris.


Photographies : Alexandre Moulard