Arnaud Pyvka, photographe

Paris, juin 2019

S’il se consacre aujourd’hui uniquement, et avec succès, à la photographie, Arnaud Pyvka a également été directeur artistique et rédacteur en chef d’un magazine de mode qu’il a créé. Son style unique, reconnaissable notamment à la chromie de ses images, s’exprime à la fois dans son travail personnel et dans les campagnes publicitaires qu’il réalise pour les plus grandes marques internationales.


Il nous accueille dans son élégant appartement parisien, où les pièces de design iconiques côtoient ses livres et objets préférés, pour nous parler de son approche créative et de sa passion pour le design et l’art contemporain.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Arnaud Pyvka et je suis photographe. Depuis 9 ans, je me consacre à plein temps à cette activité, mais avant j’ai eu plusieurs métiers, où je conjuguais également la photographie.


J’ai été rédacteur en chef d’une revue de mode que j’ai créé, le Magazine Double, en parallèle, j’ai fait de la direction artistique pour des marques, pour de l’architecture d’intérieur, mais en 2011, j’ai décidé d’arrêter pour me consacrer uniquement à la photographie. A l’époque, j’avais uniquement un parcours en galerie, mais quand j’ai arrêté, les gens de la mode, sont venus me chercher pour travailler avec eux, notamment aux Etats-Unis pour la publicité. Donc à partir de mon travail personnel exposé en galerie, sont arrivés de gros projets de publicité pour Samsung, Play Station, Bergdorf Goodman...

Et ce travail personnel vous le poursuivez ?

Oui, car pour moi la photographie c’est un alphabet. Sur mes photos, je mets des mots. C’est à la fois ma mémoire, ma perception du monde et une manière pour moi de réécrire les choses quand je fais une exposition ou un livre.

Aujourd’hui comment répartissez-vous votre temps entre les deux ?

En général c’est plutôt 90% sur le travail commercial (rires) mais ces 6 derniers mois je me suis beaucoup plus concentré sur mon travail personnel. Ce qui donne des résultats d’ailleurs car ce sont des ventes de tirages, des commandes pour des collectionneurs…

Et à terme, vous aimeriez pouvoir vous consacrer à 100% à votre travail personnel ?

Non, car je me suis aperçu que j’adorais avoir des travaux de commande. Pour moi c’est à chaque fois un défi d’aller chercher l’ADN de la marque, de la pousser dans d’autres territoires. Cette démarche m’a toujours intéressé. C’est comme créer un magazine ou travailler en direction artistique, que ce soit en évènementiel ou en publicité. C’est toujours plonger dans l’ADN de la marque et la pousser, avec ma vision.


J’adore le travail dans l’échange. Et c’est pareil dans mes travaux personnels. Je travaille aujourd’hui avec d’autres artistes, qui sont beaucoup plus connus que moi, mais cet échange a toujours existé.

Quel est l’aspect qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Justement, ce sont les rencontres. La partie technique c’est juste un défi qu’on doit résoudre, donc ça fait partie de nos cahiers des charges. Ce qui me plaît c’est la rencontre. D’ailleurs le magazine que j’ai créé s’appelle « Double », et ce n’est pas pour rien. Cela signifie qu’à partir du moment où on est deux, on va avoir un autre point de vue parce qu’on est dans l’échange.

Comment définiriez-vous votre style photographique ?

C’est très difficile d’en parler… les gens disent … que j’ai un style bourgeois à travers les sujets qui sont choisis. Quand je dis « bourgeois », c’est parce qu’il y a une espèce de légèreté, un détachement. Je photographie mes enfants, ma femme, mes amis… qui se retrouvent en exposition et qui ne le savent pas (rires)…ce genre de choses… Donc c’est très personnel, « bourgeois » dans ce sens-là. Et ma vie n’est pas celle de Nan Goldin, ou d’Araki…(rires)


On ne sait jamais où on est dans mes photos, on pourrait être un peu partout dans le monde. Il n’y a pas une volonté de caractériser l’endroit. Mais à l’opposé, quand on me demande d’être dans un endroit, je suis capable de faire en sorte qu’il soit vraiment reconnaissable.


Je ne vais pas aller en Afghanistan photographier les talibans ou ce genre de chose. On me l’a déjà proposé : pour le moment je l’ai refusé parce que c’est quelque chose qui demande une immersion totale pendant 1 an ou 2 ans. C’est juste une question de temps. Se coller à ces sujets c’est beaucoup de temps. Je suis donc plutôt sur des choses beaucoup plus courtes…

Qu’entendez-vous par une volonté de ne pas reconnaître les lieux ?

Ne pas reconnaître les lieux pour moi, c’est parler de la manière dont le monde se transforme et qui est universelle. Les transformations aujourd’hui sont les mêmes, partout dans le monde, mais ça fait partie de notre époque.

Qui sont vos photographes préférés ? Qui vous a donné envie de faire ce métier ?

J’ai eu envie de faire ce métier parce que mon père était un photographe amateur, et que je me suis vite caché derrière un appareil pour découvrir le monde. Au départ ce ne sont donc pas des photographes professionnels qui m’ont donné envie de faire de la photo. Mais, par la suite bien évidemment, j’en ai identifié qui sont importants pour moi. Beaucoup de ces photographes ont d’ailleurs travaillé pour le magazine Double. Il n’y en a qu’un qui n’a pas travaillé pour le magazine et c’est Wolfgang Tillmans, qui est pour moi le plus important. Il est celui qui, à mon sens, a transformé toute la photographie contemporaine.


Mais il y a aussi des gens comme Araki, William Eggleston, Juergen Teller…il y en a beaucoup qui sont importants pour moi… D’où ma grande bibliothèque de livres de photographie, mais où il n’y a pas que de la photographie, loin de là… L’architecture, le design, la peinture, le dessin m’inspirent également.

Vous avez constaté cette transformation au fil des années et de vos voyages ?

Oui, on le constate partout. Les gens sont habillés de la même façon, vivent dans la même architecture, avec les mêmes meubles, consomment de la même manière. Ce qui est terrible, c’est qu’il y a une perte d’identité. Pour moi ça a toujours été une préoccupation. Et dans mon travail photographique il y a toujours une deuxième lecture qui raconte cela.

Je vois que vous avez beaucoup de mobilier design vintage. C’est une passion ? Vous chinez beaucoup ?

Les objets c’est ce qui nous suit. On vit avec. Donc c’est bien d’être proche de ses objets. Je chine beaucoup. Sur Internet, pendant mes voyages, au marché Serpette, chez les antiquaires…


C’est le coup de cœur qui dicte tout. Je ne pars jamais d’un besoin. Et après le meuble trouve toujours sa place, quitte à enlever des choses pour l’y mettre.

Parlez-nous du moment où vous avez découvert USM…

J’ai découvert USM en Suisse, il y a 25 ans. Dans une école de ski ! Il s’agissait d’un meuble bleu gentiane et jaune que j’ai trouvé magnifique. Je ne me rappelle plus du nom de la station de ski, mais je me rappelle parfaitement du meuble !


Il y a 25 ans ça a été très difficile de trouver le distributeur d’USM en France. Toujours est-il que deux mois après, mon premier meuble était commandé. C’était un meuble pour mon lieu de travail, un bureau que je partageais avec un ami. Et d’ailleurs, cet ami aujourd’hui doit posséder pas loin de 30 meubles USM !

Des meubles USM qu’on retrouve aujourd’hui dans votre appartement, vous vivez ici depuis longtemps ?

Depuis 2 ans et demi. J’ai choisi beaucoup de pièces USM car je me suis aperçu que quand on fait faire du sur-mesure classique, on ne peut pas l’enlever après. Il a été pensé pour l’endroit, il faut le laisser dans l’endroit. Donc USM pour moi, grâce à sa modularité, est toujours le moyen de me dire « de toute façon j’en referai ce que je veux ». Je viens d’ailleurs de commander d’autres meubles USM, pour ma maison de campagne cette fois-ci, en pensant aux besoins que j’ai aujourd’hui mais également à ce que je pourrais en faire plus tard.

Au-delà de la modularité d’USM qu’aimez-vous dans ce mobilier ?

J’aime sa sobriété. Le fait que son aspect n’a pas changé depuis 50 ans. C’est cette sobriété qui est très efficace. Et le fait qu’on peut jouer avec les pleins et les vides.

Et les coloris ?

Dans cet appartement j’ai du noir et du blanc. Parce que quand on part sur des coloris comme jaune, bleu… il faut que ça se marie bien dans l’endroit. Et comme je sais que ça va changer, il faut que ça reste simple de pouvoir les réadapter ailleurs. A la campagne j’ai à nouveau commandé du noir et du blanc, mais également du jaune.

Quelle est la pièce où vous passez le plus de temps ?

C’est le salon. Parce que j’y ai mis un bureau et que je travaille aujourd’hui de chez moi quand je suis à Paris.

Meuble USM Haller

La chambre des enfants a également un meuble USM…

Je ne leur ai pas vraiment demandé leur avis (rires). Pour le moment ils n’ont pas un rapport très affectif aux objets, j’espère qu’ils l’auront plus tard. Ils sont quand même exposés au mobilier et à l’art dans l’appartement, donc en principe ils seront conditionnés aux beaux objets.

En effet, on voit beaucoup d’œuvres d’art dans votre appartement, vous êtes collectionneur ?

Effectivement c’est un de mes autres dadas. Et comme pour le mobilier, je fonctionne au coup de cœur. J’aime notamment beaucoup la galerie Crèvecœur, à côté de Ménilmontant. Ils ont eu le courage de prendre un grand espace et ils ont un pool d’artistes exceptionnel. Cette galerie est tenue par des gens qui ont 40 ans, ce qui est jeune dans le milieu de l’art contemporain, et ils ont su prendre des risques : ils ont monté une foire parallèle à la FIAC…

Est-ce que Paris est « the place to be » pour la photographie ?

Non, Paris c’est un village. Si on cherche le dynamisme, Paris n’est pas « the place to be ». Ce qui va avec la notion de village, c’est une espèce de nonchalance. Et Paris est une ville assez nonchalante, où les gens prennent le temps de vivre. Ce n’est pas ici que se passent les plus grandes choses, mais en tout cas c’est un endroit agréable à vivre. Mais il y a tout de même beaucoup de choses qui ont évolué à Paris ces dernières années. Les jeunes notamment sont très dynamiques, et la galerie Crèvecœur en est un exemple.


Néanmoins, Paris n’est pas une ville pour la photographie. Pour cela, c’est Los Angeles. Car la photographie a besoin des collectionneurs pour exister. Il faut des gens qui achètent au coup de cœur. C’est le cas aux Etats-Unis et c’est ce qui fait que beaucoup de grands artistes américains ont pu exister par la suite.


A titre d’exemple, j’ai fait un voyage aux Etats-Unis pour montrer mon travail personnel, et je me suis retrouvé à faire 10 campagnes de publicité dans l’année qui a suivie. Les américains n’ont pas la même culture du risque.


En France, il y a une aversion pour le risque. Monter un magazine comme je l’ai fait, par exemple, n’est pas du tout dans la culture française… Aujourd’hui c’est un choix d’avoir arrêté, pour faire autre chose. Même si je suis toujours co-éditeur et co-propriétaire du magazine, je ne joue plus aucun rôle sur la ligne éditoriale. Un magazine ça prend beaucoup de temps mentalement, dans la réflexion. J’avais fini par regarder la vie uniquement à travers le prisme de Double. C’était obsessionnel et de temps en temps l’obsession il faut savoir la déplacer… (rires)

Nous remercions chaleureusement Arnaud Pyvka pour son accueil et nos échanges passionnants. Vous pouvez découvrir son travail sur son compte Instagram @arnaudpyvka.